Essays by James Hyman

Frank Auerbach

Frank Auerbach

 
 

James Hyman
Connaissance des Arts
1990

SAATCHI: NOUVELLE DONNE?
La nouvelle exposition de Ia Saatchi Collection~ confirme un intérêt prononcé pour es artistes britanniques, souvent figuratifs, au detriment de certaines avant-gardes: es peintres Lucian Freud et Frank Auerbach et le sculpteur Richard Deacon sont donc aux cimaises de ce lieu prestigieux. Pour autant, on s'interroge sur Ie devenir de cette grande collection, quand Ie groupe d'agences publicitaires Saatchi semble connaitre de trés sérieuses difficultés.
Par James Hyman


0riginaire de Berlin, tout comme son ami Freud, Auerbach est venu habiter Londres en 1938, Iorsqu'il était enfant, et son oeuvre propose une réponse différente a des preoccupations du même ordre que celles de Freud. Cependant, en plus du portrait et des etudes de figures, Londres ellemême a toujours présenté beaucoup d'intérêt pour lui. II se concentre sur des sujets qu'il connait bien et qu'il reprend d'année en année. II s'en est ouvert a moi récemment: ~Je crois en eftet que es sujets d'un artiste sont d'une importance cruciale et qu'il faut es prendre au sérieux. Après tout, Rembrandt n'a-t-il pas dit: ~L'art c'est Ie portrait~? Ft le portrait est essentiel dans ce que je fais. Je suis persuade qu'un artiste doit montrer ou symboliser ce qui lui importe le plus... J'ai un attachement et une fascination quasi morbides pour mes sujets... Si je peins une figure humaine, j'ai le sentiment que je dois essayer de Ia capter a nouveau, de l'emprisonner dans le tableau... J'ai toujours travaillé Ientement. Je me sens une grande responsabilité a l'égard de mes sujets.~ Le portrait intitulé ~JYM Seated~~ (JYM assis, 1986-87) présente un individu qui a pose pour Auerbach pendant plusieurs années. Cette ~uvre constitue le témoignage par excellence dune facette particulière du talent d'Auerbach, coloriste raffiné, avec ses bleus, ses rouges et ses oranges dune grande beauté.

Les rues de Londres n'ont jamais cessé de le fasciner. Cette ville, a ses yeux, a Ia difference de Paris qui est plein de souvenirs de Ia période impressionniste, étant dénuée d'une semblable tradition, constitue en quelque sorte une ~terra incognita~. Etudiant en art a Londres après Ia guerre, ii était attire par Ies sites bombardés et es chantiers de construction, auxquels 1 trouvait une grande beauté. Avec ~Summer Building Sites (Chantier de construction, l'été, 1952), 1 s'est impose comme peintre. Au second plan, en rouge, on aperçoit Ia silhouette d'un ouvrier, eta sa gauche Ia forme d'un camion. A cette époque, Auerbach parlait d'~humanisme~ et professait une grande admiration pour le réalisme profond de Rembrandt et du premier Van Gogh. Mais comme chez Van Gogh, sa palette s'est étoffée. Depuis es années 70, elIe est devenue plus riche et plus sensuelle. Dans ~Looking towards Mornington Crescent Station at Night~ (En regardant Mornington Crescent Station Ia nuit, 1972-73), es lumières du souterrain rutilent avec chaleur au centre des rues de Londres plongées dans l'obscurité.

Comme Ia couleur lui est toujours venue naturellement, Auerbach a concentré ses efforts sur le dessin. Avant de commencer un tableau, 1 realise des centaines de dessins; Is fournissent Ia structure de I'~uvre, car si sa peinture est souvent épaisse et très libre, Auerbach travaille lentement, recherchant une structure sous-jacente ou un théorème. Ce qui importe a ses yeux, ce n'est pas Ia simplification des formes, mais I'économie de moyens: multiplier es details, tout en réduisant es gestes au minimum. C'est ce qui laisse a penser que son travail est moms expressionniste que classique dans sa conception. A titre d'illustration, Auerbach m'a confié qu'iI possède un ouvrage sur Picasso depuis `age de dix-neuf ans et que celui-ci n'a pas quitté son atelier; 1 lui sert de source d'inspiration, si bien qu'il est couvert de peinture. Dune manière significative, ce sont es dessins de Picasso exécutés vers 1908-1909, c'esta-dire juste avant Ia période du cubisme analytique, qui intéressent particulièrement Auerbach. Is participent de son goOt pour ce qu'iI appelle l'~architecture conceptuelle~. Dans ses dessins a Iui, es formes sont bde manière a créer quelque chose de nouveau, qui ne soit pas une simple description de l'apparence du sujet, mais qui, au contraire, cherche a construire une brine qui véhicule Ia presence du sujet.
Dans es peintures dont Londres est Ie sujet, Auerbach s'attache de préférence aux endroits situés a proximité de son lieu de travail, comme `entrée de son atelier, Primrose Hill, Mornington Crescent et es escaliers de Euston Railway Station. Un éclairage dramatique rehausse l'atmosphere et le va-et-vient précipité des passants. Tout comme pour ses portraits, Auerbach a besoin de connaitre es gens qu'iI représente dans ses paysages urbains. Ft même lorsque es figures sont réduites a quelques traits rapides, elles ne sont pas anonymes. La matière de sa peinture procède de son experience immediate. ((Ce ne sont pas des personnes prises au hasard,je serais incapable de es peindre si je ne es connaissais pasr~ Des lors, l'~uvre d'Auerbach peut être interprétée comme une tentative pour construire une nouvelle réalité et pour peupler a ville moderne anonyme de références personnelles et fainilières.

© 2018 James Hyman Gallery, PO Box 67698,
LONDON. NW11 1NE

Tel: +44 (0)207 494 3857

Privacy Policy

  • James Hyman Fine Art Ltd. Company number 3866544
  • James Hyman Photography Ltd. Company number 9327337
  • VAT registration no. 202526354
  • all works are offered subject to availability and price revision